Le discours de jeudi du chef du Hezbollah qui a violemment critiqué le Premier ministre israélien ainsi que le commandement militaire de l’armée israélienne coïncide avec l’apparition au grand jour de malaise à différents niveaux sur la guerre au Liban.
Confrontée à une guerre d’un genre nouveau pour elle, l’armée israélienne essuie sur le terrain revers et défaite lorsqu’il s’agit de déloger un «ennemi» ayant adopté les méthodes des commandos afin d’éviter les pertes. Et le seul fait notable à mettre à «l’actif» de l’armée israélienne est l’important nombre de civils massacrés par les bombardements de l’aviation et la marine israélienne.
L’état-major israélien serait en proie à de vives dissensions depuis le début du conflit du Liban, sur la stratégie à mettre en œuvre face au Hezbollah, a rapporté hier le quotidien Yediot Aharonot. Le quotidien estime que ces rumeurs traduisent une situation de grave malaise au sein du commandement militaire, provoqué par les complications de l’offensive menée par Israël au Liban et qui fait ressurgir le spectre d’un nouvel enlisement au Liban, six ans après le retrait unilatéral israélien du pays du Cèdre.
Des généraux interrogés par le journal ont qualifié ces informations de ragots, et leur ont opposé un démenti formel. Le quotidien à grand tirage fait état de rumeurs selon lesquelles le commandant de la région nord d’Israël, Oudi Adam, en principe en charge du front libanais, a été écarté de la conduite de la bataille.
Le général, diplômé de l’école de guerre française, avait mis en garde le 11 juillet, à la veille des combats, le Premier ministre Ehud Olmert contre le risque d’un conflit et préconisé des négociations politiques pour le prévenir, selon le journal.
Toujours selon cette source, le général de division Gaby Hirsh, commandant de la division déployée à la frontière, a été pratiquement démis de ses fonctions. La direction de la bataille serait désormais entre les mains du général de réserve Gaby Ashkenazi, conseiller du ministre de la Défense, Amir Peretz, qui a été rappelé pour l’occasion, et du chef d’état-major adjoint, Moshé Kaplinski.
Le chef d’état-major, le général Dan Haloutz, aurait lui-même été mis sur la touche par M. Peretz. Ce général d’aviation, âgé de 58 ans, s’est vu pour sa part recommander du repos après deux malaises, sans que les médecins ne détectent une maladie.
Il avait été vivement critiqué par des commentateurs militaires qui lui ont reproché d’avoir surestimé les capacités de l’armée de l’air et d’avoir attendu deux semaines après le début de l’offensive pour réclamer une mobilisation des réservistes de l’armée de terre.
Et au fur et à mesure que le conflit au Liban se prolonge, Israël court le risque croissant d’être pris au piège du «bourbier» libanais, où il s’est déjà enlisé dans le passé. Comme pour mieux mettre en garde contre ce risque, les radios ont ressorti de leurs tiroirs les chansons qui ont accompagné la première guerre du Liban (1982-2000), notamment le tube A deux doigts de Saïda, sur le spleen des soldats israéliens qui occupaient alors le Liban-Sud.
Pris par surprise par l’enlèvement de deux de ses soldats le 12 juillet, Israël s’est laissé entraîner dans cette guerre qu’il mène parallèlement à la bataille engagée contre le Hamas dans la bande de Gaza. Très vite, les raids aériens israéliens ont été appuyés par une offensive terrestre d’envergure.
Aujourd’hui, une dizaine de milliers de soldats sont stationnés dans le sud du Liban. Préoccupés par les conséquences d’une occupation du Liban-Sud, les dirigeants israéliens n’ont remis que tardivement et timidement à flot l’idée d’instaurer une «zone de sécurité».
Il n’en a été question que le 25 juillet, soit 13 jours après le début du conflit, et six ans après le retrait d’Israël du territoire libanais. Le lendemain, le Premier ministre israélien, Ehud Olmert, précisait que cette zone de sécurité serait profonde d’un à deux kilomètres «de façon à ce que le Hezbollah ne se trouve plus à proximité de la frontière» internationale entre le Liban et Israël.
Mais, moins d’une semaine plus tard et alors que les tirs de roquettes du Hezbollah se font plus intensifs et plus meurtriers, Israël parle d’une «zone de sécurité» de six à huit km de profondeur (du sud au nord) en territoire libanais, dont les limites atteignent en certains endroits le fleuve Litani.
«Attention à l’enlisement», met en garde Zeev Schiff, spécialiste des questions militaires du quotidien libéral Haaretz. «Même si le Hezbollah retourne dans la région (frontalière)», écrivit hier cet expert, «il faut opter pour un retrait du Liban, afin de ne pas s’enliser à nouveau dans le bourbier libanais».
Les spécialistes militaires admettent que l’armée de l’air ne dispose que de moyens limités pour mettre en échec les lanceurs de roquettes à courte portée du Hezbollah qui possède, selon une source militaire, d’un stock suffisant de ces projectiles «pour mener une guerre d’usure de trois mois contre Israël».
«Nous ne voulions pas de cette guerre. Et aujourd’hui, nous en sommes à nous rapprocher à grand pas (...) du contrôle d’un secteur qui va jusqu’au Litani», écrit de son côté le Yédiot Aharonot. «Encore des mouvements de troupes en perspective, encore des tanks, encore des bombardements, encore des raids aériens, et surtout, encore des pertes en vie humaine, et encore du temps.
Peut-être beaucoup de temps», presse le quotidien populaire à grand tirage. A quoi Yigal Palmor, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères répond qu’Israël «n’oublie pas les leçons de l’histoire». «Nous allons tout faire pour ne pas nous enliser au Liban.
Mais c’est vrai que la situation actuelle donne un sentiment de déjà-vu», confie à l’AFP ce responsable. «Le but était et reste de repousser le Hezbollah, d’empêcher les tirs de roquettes, et de permettre la mise en place d’une force multinationale d’interposition au Liban-Sud, pas de nous installer sur une partie du territoire libanais», ajoute-t-il.
Même son de cloche chez les militaires. «Ce que nous voulons, c’est déraciner le Hezbollah des villages où il s’est implanté, pas occuper ces villages», assure à l’AFP le capitaine Jacob Dalal, un porte-parole de l’armée. Dans l’intervalle, poursuit-il, l’état-major se tient prêt à l’éventualité d’une décision du gouvernement d’encore élargir le théâtre des opérations terrestres.
«Il faut pour cela une décision gouvernementale, Si elle est prise, cela nécessitera une nouvelle mobilisation de réservistes», explique le porte-parole. |