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3 août 2006

Les prochains jours

Le général Walid Succarié : Tout va se jouer au cours des prochains jours
3 Août 2006 - L'Orient le Jour

Scarlett Haddad -

enfantbaalbeck Aujourd’hui, la parole est au terrain. Après les opérations héliportées à Baalbeck et les combats acharnés le long de la frontière, il devient de plus en plus clair qu’Israël cherche à réaliser des acquis sur le terrain avant la réunion du Conseil de sécurité, prévue en principe vendredi. C’est en tout cas ce que pense le général Walid Succarié, chef d’état-major adjoint de l’armée jusqu’en 2002 et aujourd’hui à la retraite.
Le général Succarié analyse en tant qu’expert militaire la situation actuelle sur le terrain.
Selon lui jusqu’à présent, Israël n’a enregistré que des défaites. Au début de l’opération, explique-t-il, Israël avait annoncé qu’il ne compte pas entreprendre d’invasion terrestre, préférant miser sur les bombardements aériens. En quelques jours, les Israéliens ont effectué 5 000 raids aériens en vue d’atteindre quatre objectifs : détruire les rampes de missiles du Hezbollah, ainsi que son infrastructure militaire au Sud, tenter d’assassiner son commandement – d’où les centaines de tonnes de bombes sur la banlieue sud – et, en même temps, couper les routes et les ponts pour, d’une part, isoler le Sud de la Békaa et de la banlieue, et, d’autre part, affaiblir le gouvernement en faisant pression sur lui.
Selon le général Succarié, les massacres de civils (plus de 800 selon les chiffres du ministre de la Santé) s’inscrivent aussi dans une stratégie bien déterminée puisqu’ils ont été effectués dans plusieurs villages, séparément, pour terroriser la population et la dresser contre le Hezbollah. Le général Succarié est convaincu que les Israéliens pensaient ainsi affaiblir le parti, intégré à la société et bénéficiant de son soutien. Or il constate que, jusqu’à présent, cette stratégie a échoué. C’est pourquoi l’armée israélienne a dû se résoudre à effectuer des percées sur le terrain. Il s’agissait d’une part de tester la force des combattants ainsi que de connaître la nature de leur armement, notamment s’ils étaient en possession de roquettes capables de détruire les blindés, ces fameux Merkava dont Israël est si fier.
Les Israéliens ont donc tenté d’entrer par Maroun el-Rass. Quatre jours durant, ils ont bombardé cette localité à la frontière, au rythme de 150 raids par jour. Ils y sont finalement entrés et ils ont alors essayé d’entrer à Bint Jbeil. Ayant encerclé cette bourgade, ils ont annoncé sa chute, alors que les combattants étaient à l’intérieur puis les ont chassés. Les Israéliens se sont alors retirés, pour tenter d’autres percées dans différentes localités, notamment à Adayssé et Taybé.
Aujourd’hui, toujours selon le général Succarié, Israël semble avoir renoncé à une invasion terrestre, préférant conquérir des positions hors des villages pour placer ceux-ci sous le contrôle de son artillerie.
D’ailleurs, souligne le général, après avoir annoncé qu’ils voulaient réaliser une ceinture de sécurité de 20 km jusqu’au Litani, les Israéliens parlent désormais d’une bande de six kilomètres. En fait, estime le général, ils veulent nettoyer une région de deux kilomètres environ, pour éloigner les combattants du Hezbollah et se doter d’une carte à négocier.
Aujourd’hui, affirme le général, Israël utilise six brigades dans les combats le long de la frontière. Ce qui est une force considérable. Car occuper des collines à l’intérieur du Liban est désormais un enjeu stratégique.
En parallèle, Israël multiplie les opérations de commandos héliportés, pour effrayer la population et prouver qu’il peut atteindre chaque coin du pays, mais aussi pour réaliser des missions spéciales. Selon l’ancien chef d’état-major adjoint, outre l’aspect médiatique de l’opération de mercredi matin à Baalbeck, les deux raids héliportés avaient des objectifs précis. Le premier qui s’est effectué à l’hôpital Dar el-Hekma, à l’est de Baalbeck, visait à capturer des blessés du Hezbollah ainsi que des membres du parti employés à l’hôpital puisque celui-ci lui appartient. Mais il a visiblement échoué, car le Hezbollah avait prévu une telle opération et vidé l’hôpital. Les membres du commando n’ont ainsi trouvé qu’un gardien. Ils ont effectué un second raid héliporté à Jammaliyé, au nord-est de la ville, où ils pensaient trouver des membres du Hezbollah, notamment cheikh Mohammad Yazbek, responsable du parti pour la Békaa (ils avaient déjà essayé de l’assassiner il y a quelques mois). Là aussi, le général estime que l’opération a échoué, cheikh Yazbek est resté introuvable et les personnes enlevées n’appartiennent pas au Hezbollah. Par contre, il y a eu dans ce village un combat avec les habitants et des bombardements qui ont fait quinze victimes dont une famille de sept membres, les Jamaleddine.
Le général estime que ce genre de mission se réalise avec l’aide d’agents sur le terrain qui indiquent les lieux où le débarquement peut être effectué. Selon lui, les Israéliens ont sans doute accompli plusieurs raids héliportés dans différentes régions et ont probablement envoyé des commandos chargés de missions spéciales. Par exemple, placer des puces sur certaines voitures considérées comme appartenant au Hezbollah et qui sont par la suite détectées par les radars aériens et bombardées, ou assassiner des leaders, ou encore placer des explosifs dans certains endroits visant des responsables du parti.
Selon lui, Israël est à tout prix à la recherche d’une victoire militaire même symbolique. Il n’a plus beaucoup de temps, la communauté internationale et même les États-Unis ne pouvant plus couvrir pendant plus d’une dizaine de jours l’opération. Et le Conseil de sécurité ne peut décider de l’envoi d’une force internationale sans appeler à un cessez-le-feu. Jusqu’à présent, Israël s’est contenté de bombarder les régions chiites au Sud, dans la Békaa et dans la banlieue sud de la capitale, ainsi que les infrastructures. Mais il pourrait bien élargir son cercle de bombardements à d’autres régions, pour tenter de dresser les autres communautés contre le Hezbollah et les pousser à faire pression sur le gouvernement. Toutefois, le général s’empresse d’ajouter que, d’une part, cela donnerait un feu vert au Hezbollah pour bombarder Israël en profondeur et, d’autre part, une telle initiative pourrait aussi affaiblir le gouvernement libanais ce que ne souhaite pas Washington.
En conclusion, selon le général Succarié, les prochains jours s’annoncent cruciaux pour les négociations futures, mais il pense que le Liban n’est pas encore au bout du tunnel, car si le Conseil de sécurité se réunit et décide l’envoi d’une force internationale, cela pourrait déplacer le conflit vers l’intérieur du Liban...

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