09 septembre 2006
Droit de l'enfant - 1959

11 août 2006
Gibran philosophe et peintre
Je suis un étranger dans ce monde....
Je suis un poète qui versifie la prose de la vie, et qui compose en prose ce que la vie versifie
Pour cette raison, je suis un étranger, et je resterai un étranger jusqu'au moment où les ailes blanches et fraternelles de la mort me ramèneront chez moi dans mon beau pays.
Là, où habitent la lumière, la paix et la compréhension, j'attendrai les autres étrangers qui seront sauvés de ce monde mesquin et sombre par le piège amical du temps.
Il y a une poignée d'Âmes dans ce monde qui paraissent ne pas appartenir à cette terre,
mais qui ont dû déviées de leur trajectoire sur le chemin
vers une autre planète, un autre monde
GIBRAN
Gibran Khalil Gebran est né le six janvier 1883 à bcharré ( au pied des cèdres) une ville montagneuse au nord du Liban.
Sa mère, Kamila Rahmé, fille d'un prêtre chrétien maronite, avait déjà un fils d'un premier mariage, Pierre le demi frère tant aimé de Gibran.
Aprés la mort de son mari au Brésil où elle avait émigré, elle regagna le Liban, épousa en deuxième noce le père de Gibran, un homme simple, éleveur de moutons. Ils eurent trois enfants, Khalil, Mariana et Sultana.
Cette mère qu'il adorait, érudie et très bonne chanteuse leur apprit la musique et le goût des arts.
En raison de difficultés matérielles, la famille émigre sans le père à Boston aux Etats-Unis, où ils ouvrent une épicerie. Gibran n'avait que douze ans et a suivi pendant plus de trois ans des cours d'anglais et de dessins. Son professeur de dessin, Florence Pierce, séduite par son talent naissant, le présenta à une assistante sociale trés influente qui le recommandera avec insistance à " Fred Holland Day", artiste photographe.
En 1898, sur son insistance, sa mère le renvoya à Beyrouth au Liban où il passa son baccalauréat à "Madrassat al-Hikmat", la célèbre école de la sagesse.
C'est à cette époque qu'il connaitra sa première désillusion amoureuse, sa bien aimé étant promise à un autre homme selon la tradition au Liban. Et voilà que le poète enfanta son merveilleux livre "Les ailes brisées".
C'est le début d'une série de grands chagrins: Sultana décède alors que Gibran n'avait que quatorze ans, ensuite son demi-frère Pierre et pour finir sa mère qu'il vénérait par dessus tout, emportée par un cancer.
En 1904 Gibran rencontre une directrice d'école, Mary Haskel, de dix ans son ainée. Elle facilitera indéniablement la reconnaissance de ce jeune émigré Libanais qu'elle admire et en qui elle croit. De grande complicité en amitié amoureuse, leur relation durera jusqu'à la mort de Gibran.
En 1908, Gibran séjourne à Paris pendant trois ans où il travaille à l'académie des beaux-arts, entouré de Debussy, Maeterlinck, Edmond Rostand et le sculpteur Rodin.
En 1912 Gibran entamera une correpondance avec May Ziadé, journaliste palestino-libanaise travaillant au Caire. Ce fût le "grand Amour de Gibran". Elle restera jusqu'à sa mort, le lien étroit avec sa culture et avec l'Orient et sans doute la femme orientale qu'il aima sans jamais la rencontrer.
Enfin c'est grâce à Barbara Young, admiratrice et professeur d'anglais, que nous devons la publication des chapitres du "Jardin du Prophète" inachevé. Gibran s'éteint en 1931 à l'âge de quarante huit ans.
Aprés que la ville de New-York, où il a vécu, lui ait rendu un dernier hommage, sa dépouille fût rapatriée au Liban et fut accueilli en Homme d'Etat.
Gibran Khalil Gibran repose désormais en paix au vieux monastère de Mar Sarkis dans le Wadi Kadisha (la vallée sainte) au pied des CEDRES dans son LIBAN.
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Vous avez votre Liban avec son dilemne. J'ai mon Liban avec sa beauté.
Vous avez votre Liban avec tous les conflits qui y sévissent. J'ai mon Liban avec les rêves qui y vivent.
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Votre Liban se détache tantôt de la Syrie, tantôt s'y rattache;
il ruse des deux côtés pour aboutir dans l'entredeux.
Mon Liban ne se détache ni se rattache, et ne connait ni CONQUETE ni DEFAITE.
GIBRAN
10 août 2006
Gibran Khalil Gebran
« Amis et compagnons de route, plaignez la nation emplie de croyances et vide de religion. Plaignez la nation qui se vêt d'une étoffe qu'elle n'a pas tissée, qui se nourrit d'un pain qu'elle n'a pas moissonné, qui s'abreuve d'un vin qui ne coule pas de ses pressoirs. Plaignez la nation qui acclame le tyran en héros et qui trouve magnifique le conquérant aux éblouissants atours. Plaignez la nation qui n'élève la voix que pendant les enterrements, qui ne se vante qu'au milieu de ses propres ruines, et qui ne se rebiffe que lorsque son cou est pris entre l'épée et le billot. Plaignez la nation dont l'homme d'état est un renard, le philosophe un saltimbanque, et dont le seul art est celui de la compilation et de l'imitation. Plaignez la nation qui accueille son nouveau dirigeant en fanfare, accompagne son départ de huées, tout cela pour recommencer et en accueillir un autre en fanfare. Plaignez la nation divisée en fragments, et dont chaque fragment se considère comme une nation. »
Le jardin du Prophète (1934)
09 août 2006
Le choc des civilisations.
Publié le 3-11-2005 Quatre ans après le 11 Septembre, quel regard porte-t-on, de l’autre côté de la Méditerranée, sur le chaos du monde ? On a peu entendu - ou peu écouté -, ces derniers temps, les intellectuels des pays arabes. Dans Orient-Occident, La fracture imaginaire, l’essayiste libanais Georges Corm stigmatise le discours « triomphant et narcissique » de l’Occident, tout en décrivant un monde arabe défait, divisé, gouverné depuis plusieurs décennies par des autocrates corrompus. Des sociétés arabo-musulmanes prostrées dans « une attitude de vaincus ». Télérama : Comment cette fracture entre l’Orient et l’Occident que vous décrivez dans vos livres se manifeste-t-elle, aujourd’hui, dans les pays arabes ? Georges Corm : L’incompréhension est visible. Beaucoup d’Arabes, par exemple, sont frappés de voir que les victimes occidentales ont un statut spécial. Avec le 11 Septembre, les attentats de Madrid ou de Londres, on a eu l’impression d’avoir affaire à une catégorie particulière d’humanité : couverture non-stop des médias, cérémonies d’anniversaire, minute de silence dans toute l’Europe... Alors que les milliers de tués en Irak ou les victimes d’un tremblement de terre en Iran ou d’une famine en Afrique disparaissent vite de l’actualité. La vie humaine n’a pas la même valeur : il y a les citoyens de première classe et ceux de seconde classe. La fracture Orient-Occident s’élargit, donc, c’est indéniable. Même s’il ne faut pas oublier que la préoccupation de l’immense majorité des jeunes Arabes est ailleurs : il s’agit pour eux de trouver du travail, voire d’émigrer, de se marier et de se loger. Les gens sont démobilisés depuis une vingtaine d’années. C’est le sauve-qui-peut. Chacun s’occupe de son destin individuel. Télérama : Nourri par ce sentiment d’injustice, l’antiaméricanisme est-il devenu le ciment commun des opinions arabes ? Georges Corm : Il suffirait que les Etats-Unis changent de politique et cet antiaméricanisme tomberait vite. Au fond, les Arabes se sentent mal aimés et pas respectés. Mais ils sont aussi dans une schizophrénie totale : les mêmes personnes qui peuvent détester politiquement l’Amérique vont faire des sacrifices pour envoyer un enfant étudier aux Etats-Unis ! Et beaucoup sont prêts à risquer leur vie pour traverser la Méditerranée et vivre en Europe. Télérama : Ne sentez-vous pas une montée d’exaspération et de radicalité ? Georges Corm : Les islamistes rallient à eux une infime minorité de militants dans le monde arabe. Et Ben Laden n’est pas un idéal. Certains ont pu le voir à un moment donné comme un Robin des bois, mais très peu le soutiennent vraiment. Faire des opérations terroristes en Europe ou à l’intérieur de nos pays ne peut pas être un idéal collectif. D’ailleurs, les gens parlent relativement peu de lui, sinon pour se poser des questions : pourquoi les Américains ne l’ont-ils toujours pas arrêté ? Pourquoi ses cassettes arrivent-elles au bon moment politique pour Bush ou pour Blair ? Télérama : Les peurs de l’Occident se focalisent beaucoup autour de l’islam. Est-ce la principale source d’incompréhension ? Georges Corm : Il faut cesser de considérer que ce terrorisme islamiste est quelque chose de nouveau, de totalement spécifique à l’Orient. On peut comparer les djihadistes d’aujourd’hui aux anarchistes et aux nihilistes du XIXe siècle, mais aussi aux mouvements d’extrême gauche européens et à l’Armée rouge japonaise des années 70. Al-Qaida s’inscrit tout à fait dans la lignée des mouvements qui pensent qu’une violence dite « rédemptrice » peut changer le cours de l’histoire. Les médias ont tendance à présenter l’islamisme comme consubstantiel à l’islam et aux musulmans. Mais c’est comme si on avait dit d’Action directe qu’elle incarnait la gauche française ou la pensée marxiste ! Ou que la bande à Baader incarnait l’esprit allemand ! C’est grotesque ! Malgré tout, je comprends très bien la peur qui peut s’installer chez le téléspectateur occidental : l’image du Moyen-Orient et du musulman, cet « homo islamicus » qu’on présente dans les médias, est effrayante... On décrit à longueur de journée l’Orient comme le monde de l’irrationalité, du terrorisme et des barbus. C’est exotique, ça fait peur, ça vend. C’est le trou noir, l’enfer ! Télérama : Mais on entend encore assez peu d’intellectuels du monde arabe ou de vrais savants de l’islam s’exprimer sur toutes ces questions. A qui la faute ? Georges Corm : Bien qu’elle soit très vivante, la vie intellectuelle et religieuse des pays du monde arabe n’est pas connue en Occident. Or ici, à Beyrouth, par exemple, elle est exceptionnelle. Des hommes de religion musulmane peuvent y prêcher la laïcité ou vanter la personnalité du Christ... Est-ce que quelqu’un s’est donné la peine, en Occident, de lire l’oeuvre considérable de Mohamed Chahrour ? Cet auteur syrien a fait notamment une analyse linguistique du Coran qui constitue une vraie révolution. L’un de ses ouvrages s’est même vendu à plus de 600 000 exemplaires dans le monde arabe ! Est-ce que l’on s’est ému, aussi, en 1992, de l’assassinat de Farag Foda, un réformateur égyptien qui a dénoncé l’imposture des doctrines religieuses des mouvements radicaux ? Un autre grand intellectuel égyptien qui prêche une lecture différente du patrimoine religieux, Ahmed Abou Zeid, a été, encore, quasiment expulsé d’Egypte en 1995, et cela n’a pas suscité beaucoup de sympathie... Du côté de la recherche, même chose. Dans les universités européennes ou américaines, il ne s’écrit quasiment rien sur les réformateurs de l’islam. En France, une pléiade d’auteurs réécrit depuis des années des livres qui se ressemblent tous, sur le même thème : « islam et politique ». Seule la couverture change ! Dans les années 80, la nouvelle génération d’islamologues français s’est même exclusivement spécialisée dans l’étude des mouvements radicaux musulmans, en ignorant l’Islam, avec un grand I, treize siècles de pensée, de différentes écoles théologiques et juridiques. Leur seul centre d’intérêt consiste à lire les brochures de propagande de ces mouvements ou à décrire leur mouvance et leurs réseaux, ce qui est pratiquement un travail d’enquête de police. Certains d’entre eux, à l’inverse, ont pensé, avec une naïveté surprenante, que l’islamisme radical était une nouvelle forme d’action révolutionnaire salvatrice, après l’échec des mouvements tiers-mondistes, nationalistes ou marxistes. Télérama : En Europe, on entend souvent dire que l’islam est un frein à l’évolution des sociétés arabes à cause de l’absence de séparation entre le spirituel et le temporel. Georges Corm : C’est incohérent. Dans le monde musulman, le pouvoir a toujours été de nature civile et il n’a jamais existé l’équivalent d’une institution religieuse de la puissance de l’Eglise romaine. Les oulémas [docteurs de la foi, NDLR] n’ont jamais gouverné nulle part. Même en Arabie saoudite, pays qui est le plus proche d’un modèle théocratique, la famille des Séoud incarne un pouvoir civil. Télérama : Et l’Iran ? Georges Corm : En Iran non plus on ne peut pas parler, stricto sensu, de théocratie ; vous avez quand même un équilibre des pouvoirs entre le Guide suprême et le Conseil des gardiens de la foi d’un côté, et le président de la République et son gouvernement de l’autre. De plus, la théorie de Khomeyni sur la nécessaire « tutelle » des religieux sur le pouvoir civil est une innovation totale, très contestée par certains des plus grands penseurs religieux chiites. Non, le problème, en Islam, ce n’est pas la séparation du spirituel et du temporel. On projette sur les sociétés musulmanes une problématique propre à l’histoire de l’Europe. Télérama : Revenons à l’islamisme. Cette fièvre est-elle la cause de tous les désordres, ou le symptôme de la crise ? Georges Corm : Le symptôme, à l’évidence. Rechercher dans le Coran ou la charia les raisons des violences du terrorisme dit « transnational » est une absurdité qui embrouille la compréhension des vrais problèmes. Tout comme l’anarchisme russe de la fin du XIXe siècle, le terrorisme dit « islamique » est le produit des graves malaises politiques, sociaux et économiques provoqués par les changements brutaux qu’a connus le Moyen-Orient au cours du siècle dernier. Les vraies causes sont donc profanes : quand les Palestiniens vont-ils avoir leur Etat et où va s’arrêter la colonisation de la Cisjordanie ? Pourquoi les résolutions des Nations unies ne sont-elles pas appliquées à Israël avec la même vigueur qu’elles l’ont été à l’Irak ou, plus récemment, à la Syrie ? Quand les Américains vont-ils se retirer de l’Irak et de la péninsule Arabique, qui abrite les lieux saints musulmans ? Il faudrait aussi parler des facteurs économiques : l’autoritarisme des régimes en place s’explique principalement non par le facteur religieux, mais par la persistance de l’économie de rente (pétrolière, principalement), qui continue d’être prédominante. Une économie de rente ne peut jamais permettre l’installation d’une démocratie ; elle ne peut qu’engendrer des régimes autoritaires qui distribuent la rente entre groupes sociaux de manière à se maintenir au pouvoir. Télérama : Qu’attendez-vous de l’Europe ? Peut-elle rapprocher les deux rives de la Méditerranée ? Georges Corm : Je suis sûr que la moitié de la population européenne, au moins, continue d’avoir des aspirations pacifistes et antiracistes, comme l’ont montré les manifestations grandioses contre la guerre en Irak. Mais, pour le moment, c’est peine perdue, parce que l’Europe continue d’être alignée sur les Etats-Unis. Si elle veut vraiment jouer un rôle dans le règlement des conflits, c’est simple : il faut qu’elle défende l’application du droit international pour tous. Dans le conflit palestinien, mais aussi en ce qui concerne la possession de l’arme atomique. En appliquant une politique des droits de l’homme à géométrie variable, l’Occident décrédibilise les valeurs démocratiques et n’aide pas les démocrates de cette partie du monde à faire progresser leur cause. Télérama : Votre pays, le Liban, est placé depuis toujours sur cette ligne de fracture entre l’Orient et l’Occident. Comment analysez-vous les convulsions actuelles, après l’assassinat du Premier ministre Rafic Hariri et le retrait de la Syrie ? Georges Corm : Le Liban reste plus que jamais un Etat tampon. Pendant quinze ans, les Etats-Unis l’ont placé sous la tutelle de la Syrie, parce que cela leur convenait. Aujourd’hui ils ont décidé de nous en faire sortir. Le Liban a donc été kidnappé, et voilà comment on est repassé brutalement de la tutelle syrienne à la tutelle américaine. L’ambassadeur américain et, accessoirement, l’ambassadeur de France sont aujourd’hui les personnages centraux de la vie politique libanaise. Notre libération reste donc à faire. Il faut se débarrasser d’une classe politique qui se maintient en jouant du communautarisme et en sollicitant les tutelles étrangères. Autrefois, le Liban était considéré comme un pays charnière entre Orient et Occident : chrétiens et musulmans vivaient ensemble depuis treize siècles, et les meilleurs des Libanais avaient développé une philosophie de la convivialité islamo-chrétienne qui aurait pu être un exemple pour le monde entier. Mais le résultat de quinze années de guerre civile - de 1975 à 1990 - et la priorité, pour l’Occident, d’intégrer l’Etat d’Israël dans la région ont fait oublier la sagesse de la philosophie politique libanaise des années 40, de la génération de l’indépendance. Aujourd’hui, au Liban comme dans le monde entier, j’ai parfois l’impression que la prophétie de Samuel Huntington se réalise et que Le Choc des civilisations, ce mauvais livre, brouillon et indigent, qui désignait l’Islam et la Chine comme les nouveaux ennemis de l’Occident, est plus que jamais le bréviaire des néoconservateurs au pouvoir en Amérique (1). Le monde actuel me rappelle la république de Weimar, en Allemagne, cette période de flou et de chaos qui a accouché du nazisme. Un monde où tout le monde a peur de tout le monde. (1) "Les conflits les plus importants et les plus dangereux n’auront pas lieu entre classes sociales, entre riches et pauvres, mais entre peuples appartenant à différentes entités culturelles", écrivait Samuel Huntington, en 1996, dans Le Choc des civilisations (éd. Poches Odile Jacob)." Propos recueillis par Thierry Leclère - Télérama n° 2909GEORGES CORM TORD LE COU AU "CHOC DES CIVILISATIONS"
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02 août 2006
L'arrogance d'Israel
L'arrogance d'Elie Yishai, vice premier ministre d'Israël
Nouvel Obs - "Au terme des 48 heures, l'armée de l'air continuera d'opérer avec toute sa puissance, et toutes ses forces"
"Israël n'est pas obligé de se mettre au garde-à-vous et cesser ses opérations si les Nations unies décident d'un cessez-le-feu"
"Nous continuerons d'agir et n'accepterons un cessez-le-feu que selon nos conditions"
"Je suppose que nos amis américains imposeront leur veto dans un tel cas de figure"
"Ce n'est pas la première guerre que nous menons, c'est pourquoi nous continuerons à faire tout le nécessaire et nous n'arrêterons pas jusqu'à ce que nous atteignons nos objectifs"
25 juillet 2006
Michel Barnier sur France Inter.
Michel Barnier, ancien ministre des affaires Etrangères était l'invité de Questions directes animé par Frédéric Begniada ce lundi 24 juillet 2007.
FB : Avant de revenir sur les efforts diplomatiques internationales pour mettre fin à cette guerre, nous allons parler de la situation humanitaire de la population civile au Liban, à chaque jour son lot de bombes, ses nouvelles victimes innocentes, un demi million de libanais ont du fuir le pays. Vous connaissez bien le Liban, c'est toute la reconstruction civile et économique entreprise depuis 1990 qui vole en éclat. Michel Barnier il y a urgence à trouver une solution.
M.B : la premiere urgence vous vener de le dire est humanitaire a l'égard du peuple libanais de ces hommes et femmes qui ont la mémoire de plusieurs guerres et souvenez vous de la tragédie de Beyrouth. Voilà un pays qui avait allumé sa propre lumière et je m'en souviens précisément dans cet immense trou noir qu'est le proche orient aggravé par la crise irakienne, n'oublions pas l'Irak ou il y a quotidiennement des tragédies humaines, une lumière s'était allumé et la France, les Etats unis à l'époque trés présents avec nous, la communauté des pays arabes avaient encouragé à allumer cette lumière. C'était la fameuse résolution 1559 à laquelle j'ai beaucoup travaillé sous l'autorité de Jacques Chirac et qui a permis la libération, le début de la libération du Liban avec le retrait des troupes et des services syriens. Si je reviens un instant a l'aspect humanitaire il y a urgence à créer des couloirs humanitaires comme l'a dit Jacques Chirac. Il y a urgence à obtenir l'accord des israéliens pour réouvrir une piste de l'aéroport de Beyrouth et évacuer tous ceux qui doivent l'etre et quand vous parlez de civiles innocentes permettez moi de vous dire qu'il y en a aussi de l'autre coté, il y en a aussi en Israel qui recoivent les bombes et qui sont eux aussi des civils innocents. Donc il faut arreter cette guerre. Nous allons en parler, comment obtenir maintenant un cessez le feu, à quel prix, à quelles conditions, l'urgence est humanitaire. Permettez moi de dire une chose, on parlera certainement de ll'Europe car je pense aussi que la solution est en partie européenne et on voit a quel point manque aussi une réponse européenne. J'ai proposé il y a quelques semaines au Président barrozo et au Président du conseil européen la création d'une force européenne de protection civile qui dans le cas d'un tsunami, d'un tremblement de terre d'une catastrophe écologique ou catastrophe humaine et politique comme celle que nous vivons actuellement au Liban, permettrai aux européens de mutualiser leurs réponses de partir ensemble plutot que chacun pour soi.
F.B : La Premier Ministre Israélien se dit favorable au déploiement d'une force militaire, européenne à la frontière israélo-libanaise pour éloigner le Hezbollah. Qui peut imposer cette force? Est ce que vous pensez que la France à un rôle à jouer?
M.B. C'est trés important que les politiques israéliens reprennent la parole parce qu'ils ont été absents pendant tout le début du conflit. C'est l'armée israélienne qui a conduit la politique israélienne et aussi bien M olmert PM que le ministre de la défense Amir Peretz ont été en retrait. Donc c'est important que les politiques israéliens, qui sont de nouveaux politiques qui n'ont pas l'expérience de la défense et de l'armée mais qui sont des hommes d'autorité et sincères reprennent la parole et imposent une politique éventuellement à l'armée. Mais l'urgence en effet c'est le cessez le feu. Voilà pourquoi j'espère que la visite de mme Rice va faire a partir d'aujourd'hui dans la région notamment en Israel conduira à une modification de l'attitude américaine. Je trouve que les américains ont été absents ils ont pris une distance incompréhensible, il faut qu'ils se réengagent c'est une des conditions. La deuxième condition c'est que les autres partenaires qui s'intéressent à ce conflit soient également présents ensembles. Je pense aux européens, ensemble par la voie de Javier Solana a qui nous devons faire confiance que plutôt par des initiatives et actions individuelles juxtaposées et n'oublions pas les Russes qui ont une trés grande influence en raison de leur dialogue avec la Syrie et l'Iran. Quand vous regardez cette région il y a une chose extremement dangeureuse qui est en train de se produire c'est que tous les conflits sont en train se se relier entre eux. Dans cette région tout se tient et tout est fragile .Mais on ne pourra regler les problèmes que un par un c'est ce que nous avons commencé à faire il ya 2 ou 3 ans avec le début du dialogue israélo-palestinien, avec la libération du Liban par la Syrie, avec un début de processus politique sortie de guerre en Irak avec un dialogue extremement difficile avec l'Iran. Si ces conflits se relient comme c'est peut etre le cas, alors tout peut s'embraser. Voila pourquoi il faut faire un cessez le feu le pus vite possible, on a besoin de américains et de leur engagement, des européens aussi et puis reprendre les conflits un par un et leur donner des solutions chaque conflit a sa raison, son ressort, son histoire.
F.B : Mais vous venez de dire que rien ne pourra etre fait sans l'aval des américains.
M.B : depuis toujours les américains, enfin depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, ont un role majeur dans cette région notamment en raison de leur proximité avec les israéliens, c'est pour ca que je trouve extremement grave et préoccupant la distance qui est celle de la diplomatie américaine depuis 10 jours dans ce conflit.
F.B : Alors on parle d'une force au Sud Liban or il existe déja les soldats de la FINUL, aujourd'hui leur role est minime ils n'ont aucun mandat. Il faudra une force qui ait un vrai mandat?
M.B : Ils ont un mandat d'observation et on a vu que ca ne suffit pas, ca n'empeche pas le Hezbollah de bombarder Israel et les Israeliens d'entrer au sud liban comme ils y sont déja avec des commandos spéciaux et peut etre avec des tanks dans quelques heures. Donc il faut une force d'interposition sur un couloir tampon de quelques kms tout au sud du Liban mais avec un mandat actif. Et pour cela je pense que l'europe a un role a jouer, une partie de la solution est européenne d'ailleurs je l'ai dit il y a quelques jours sur une des antennes de radio France. Je pense que l'Europe doit se préparer a intervenir, elle est la mieux placée, elle peut avoir la confiance et le respect, j'emploie ce terme avec précaution, de toutes les parties pour sécuriser cette zone. Mais il faudra aussi que chacun fasse un effort, il faut que le hezbollah renonce à la violence et accepte progressivement le désarmement, il faudra que les israéliens se retirent des territoires occupées y compris de cette petite zone symbolique des fermes de Chebaa. Il faudra un échange de prisonnier, pas seulement entre le Hezbolah et Israel mais aussi entre le Hamas , le gouvernement palestinien et Israel.
F.B : Comment le hezbollah peut discuter puisque il ne reconnait pas Israel?
M.B : il ya des discussions possibles. Le chef du Hezbollah, Mr Nasrallah a indiqué que le Président du Parlement Nabih Berri pourra etre son représentant dans un dialogue, il faut trouver le moyen de discuter. Enfin voila pourquoi je pense que Javier Solana au nom de l'Union européenne est bien placé parceque lui a la capacité en prenant de chacun des pays européens ce qui peut apporter. Nous avons beaucoup a apporter, la France est trés engagée dans cette affaire et d'une manière tres volontariste et trés positive grace a la politique du Président de la république, chacun peut apporter , les espagnols connaissent bien cette région, les anglais les allemands ont une proximité avec Israel. Chaque pays européen peut apporter sa valeur ajoutée. c'est aussi pourquoi on voit aujourd'hui que nous manque en europe un ministre européen des affaires étrangères comme le proposait la constitution européenne.
F.B : Mais quelle pourra être le role de l'armée francaise dans cette force d'interposition?
M.B : il y a 2 hypothèses possibles; soit l'armée francaise est une partie de cette force, encore une fois c'est notre intéret, l'interet commun que la France ne soit pas toujours la première et en avant , qu'elle soit partie prenante à une force européenne, il y a une autre hypothese à laquelle je pense qui est peut etre pour la france et accompagnée d'autres forces militaires de faire l'étape d'aprés, que l'on aurait peut etre du anticiper qui est la praparation de l'armée libanaise. Je vous rapelle que la résolution 1559 adoptée à l'unanimité par le conseil de sécurité de l'ONU a obtenu le retrait de la syrie, a laissé l'armée libanaise en trés mauvais etat c'est une armée pluriconfessionnelle, désorganisée, des sevices secrets qu'il faut complètement reprendre, tout ca ne pourra pas se faire par les libanais toud seuls, il faut les aider et on obtiendra le désarmement du hezbollah par l'armée libanaise d'abord si elle est bien formée et bien organisée. Je pense qu'il y a la un role pour la France, peut etre pour d'autres au coté du gouvernement, des autorités libanaises démocratiquement élues et auxquelles il faut faire confiance pour restructurer leur armée.
F.B : C'est la condition pour que le Liban retrouve se souveraineté?
M.B: Le Liban doit retrouver sa totale souveraineté politique, économique militaire, territoriale. Nous avons aidé le LIban, il y a eu des élections et je n'oublie pas les tragédies qui ont accompagné le processus électoral notamment l'assassinat de Rafic Hariri et ses compagnons. Il y a eu des élections, il y a un gouvernement légitime, il faut l'aider a recouvrir tout ce qui lui manque, sa souveraineté territoriale, il faut que tout le monde se retire du Liban et voila pourquoi je fais cette proposition pour ue coopération dans quelques temps avec l'armée libanaise.
F.B : A quel échéance cette force peut etre mise en place??
M.B : La première étape c'est un cessez le feu. On voit bien qu'il y a un jeu de role ,des lenteurs ambigues et peut etre hypocrites pour qu'on commence a parler d'un cessez le feu à la fin de la semaine qui s"ouvre et je trouve que ca fait 8 jours de drames supplémentaires, 8 jours de bombardements et de malheurs et de déséspérances supplémentaires, n'oubliez pas je parle de désépérance, dans toute cette région les peuples arabes et musulmans sont humiliés , ils ont le sentiment de ne pas etre respecté et humilié, ca c'est un grand danger que c'est celui de l'humiliation. Donc le cessez le feu je l'espère dans les jours qui viennent si les américains s'y engagent et que les européens parlent d'une seule voie puis immédiatement aprés je pense la création de ce couloir tampon au sud Liban et la mise en place dans quelques semaines d'une force d'interposition avec un mandat actif.
24 juillet 2006
Liban : réflexions autour d'une paix possible *
Les décideurs internationaux ont la mémoire courte. Face à l'immensité de l'agression israélienne sur le Liban, ils pensent pouvoir l'exploiter pour mettre en oeuvre par la force la fameuse résolution 1559 qui a rendu le Liban à son statut d'Etat-tampon où se règlent en toute impunité les tensions et conflits régionaux.
En proposant la constitution d'une force multinationale à déployer au sud du Liban, la "communauté internationale" risque fort de rééditer les mêmes erreurs que celles qui ont présidé à la constitution de lForce multinationale d'interposition (FM), créée à l'initiative de François Mitterrand lors de l'invasion israélienne de l'été 1982. Cette force avait pour mission d'assurer l'évacuation des combattants palestiniens hors du Liban, qualifiés alors de "terroristes", et de protéger la population civile libanaise et palestinienne martyrisée par l'invasion brutale de la moitié du Liban, et le siège militaire de la partie de Beyrouth abritant le quartier général de l'OLP et les bureaux de Yasser Arafat.
Comme aujourd'hui, où la totalité du Liban est prise en otage par l'armée israélienne, la moitié du pays le fut alors, au cours de l'été 1982, par cette même armée ; elle fut aussi, comme en cet été 2006, bombardée nuit et jour durant deux mois et demi par terre, par mer et par air, sans distinction entre objectifs militaires et civils ; l'eau et l'approvisionnement furent coupés aux habitants de Beyrouth encerclée. Yasser Arafat était l'objet de poursuites aériennes, tout comme l'est aujourd'hui le chef du Hezbollah.
On peut se rappeler aussi qu'en juillet 1982 les dirigeants du G7 étaient alors somptueusement réunis au château de Versailles et trop occupés par leurs agapes pour daigner même regarder mourir des milliers de Libanais et de Palestiniens ensevelis sous les décombres de leurs habitations ou bombardés alors qu'ils tentaient de fuir l'enfer. Il n'y avait pas à l'époque de Hezbollah, mais Israël voulait éradiquer le "terrorisme" palestinien présent au Liban et imposer un gouvernement libanais à sa solde qui termine le travail d'éradication violente.
La force d'interposition débarqua effectivement à Beyrouth, fit sortir Yasser Arafat et deux ou trois mille combattants palestiniens, s'assura de l'élection d'un président phalangiste (Bachir Gemayel) qui avait cautionné l'invasion israélienne, puis rembarqua. La suite fut un désastre : assassinat du président, entrée des troupes israéliennes à Beyrouth et massacres horribles de femmes et d'enfants palestiniens dans les camps de Sabra et Chatila.
François Mitterand obtint alors le retour précipité de la FM au Liban : cette dernière assista sans broncher aux massacres du Chouf, encouragés par l'armée israélienne (10 000 victimes, 200 000 chrétiens chassés par la force de cette région). Le gouvernement américain, de son côté, encouragea le gouvernement phalangiste libanais à signer un traité inégal avec Israël, résultat ? Des attentats spectaculaires contre les troupes américaines et françaises (450 morts) en octobre 1983 et une relance sanglante jusqu'en 1990 de la guerre entre milices libanaises opposées.
Aussi bien le secrétaire général des Nations unies que la Maison Blanche ou l'Elysée auraient donc intérêt à potasser leur dossier libanais avant de proposer au gouvernement de Beyrouth de se lancer dans une nouvelle aventure. Plutôt que de reproduire les mêmes graves erreurs faites par la Syrie dans sa gestion du Liban, et donc de continuer de se mêler aussi imprudemment des affaires intérieures libanaises sans prendre en compte toutes les sensibilités politiques libanaises, les décideurs internationaux devraient d'abord établir un diagnostic clair de la situation libanaise et régionale.
Si le Hezbollah n'est qu'une émanation de la volonté de Téhéran et de Damas qui veut agresser indirectement et sans raison Israël, il est totalement aberrant dans ce cas de laisser Israël s'en prendre au Liban. Il faudrait même imposer à l'Etat hébreu qu'il s'engage à ne plus martyriser ainsi le Liban de façon récurrente et inutilement cruelle. Militairement ou par la négociation, qu'Israël ou les Etats-Unis règlent leur contentieux pour l'hégémonie régionale avec ces deux pays, mais non avec le Liban.
Si, en revanche, l'existence du Hezbollah au Liban, comme celle du Hamas en Palestine, n'est pas une simple création machiavélique de l'axe Téhéran-Damas, mais le résultat des quarante ans d'occupation par Israël de la Cisjordanie, de Gaza, de la Palestine et du Golan syrien, de vingt-deux ans d'occupation d'une large partie du sud du Liban par Israël (1978-2000) - en infraction à toute légalité internationale -, alors le traitement de la question libanaise doit être tout autre.
Le Liban, en effet, ne se gouverne pas par la force ni par la loi de la majorité. Il est une démocratie consensuelle et fragile du fait justement du contexte régional si agité, mais aussi de son régime communautaire. C'est pourquoi les décideurs internationaux seraient avisés de ne pas tenter, comme en 1982, de forcer la main au gouvernement actuel. Celui-ci est d'autant plus fragile qu'il n'est pas un gouvernement d'union nationale - même si le Hezbollah y dispose de deux ministres - et qu'il résulte d'élections menées dans des conditions peu reluisantes sous la houlette des Etats-Unis et de la France, sans même une réforme de la loi électorale réclamée par l'ensemble des Libanais.
Il faudrait aussi reconnaître la complexité des forces politiques en présence au Liban et ne pas présenter exclusivement le point de vue des factions sympathisantes de la politique américaine ou française et hostiles au Hezbollah. Il en est ainsi du général Aoun, de très loin le dirigeant le plus populaire de la communauté maronite, mais qui a disparu des médias français pour avoir refusé de se lancer dans des attitudes hostiles au Hezbollah afin de préserver l'unité des rangs et la concorde communautaire au Liban. Il en est de même de Sélim El Hoss, ancien premier ministre du Liban, issu de la communauté sunnite, et qui, aux pires moments de la guerre passée (1975-1990), a su maintenir l'unité du Liban ; celui-ci, depuis l'adoption de la résolution 1559, n'a pas arrêté de recommander aux ambassadeurs occidentaux en poste à Beyrouth de faire appliquer l'ensemble du droit onusien sur le conflit israélo-arabe afin que le Liban soit en mesure de mettre en oeuvre toutes les dispositions de la résolution 1559 sans provoquer de graves discordes internes.
La "communauté internationale" ne doit pas instrumentaliser encore plus le Liban dans la partie de bras de fer régionale actuelle et ne doit pas tenter d'exaspérer les divisions des Libanais ou d'ignorer les uns au profit des autres. Ne serait-il pas temps d'ailleurs au Proche-Orient de tenter une autre voie que la politique de la canonnière, qui a si bien caractérisé le XIXe siècle colonial et qui renaît de ses cendres aujourd'hui de façon scandaleuse.
Article paru dans le Monde du 24 - juillet - 2007
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-798095@51-759824,0.html
* Georges Corm, ministre des finances du Liban de 1998 à 2000, est l'auteur du "Liban contemporain. Histoire et société", La Découverte, 2005.